Particularités d'une monnaie libre

Duniter est un logiciel qui sert à propulser une monnaie libre.

Mais qu'est-ce qu'une monnaie libre ?

Les monnaies libres sont une notion introduite en 2010 par un mathématicien du nom de Stéphane Laborde, dans un ouvrage intitulé la Théorie Relative de la Monnaie (TRM).

Une monnaie libre présente plusieurs différences majeures avec les autres types de monnaies :

La monnaie pensée comme un instrument de mesure

Dès l'Antiquité, Aristote a énoncé que la monnaie répondait à plusieurs fonctions, parmi lesquelles celle de mesurer les valeurs économiques échangées.

L'originalité de la TRM est d'inventer un type de monnaie qui répond à cette fonction de la monnaie, d'être une réelle unité de mesure, au sens où la physique l'entend.

En physique, définir une unité de mesure passe par la recherche d'un invariant.

Mais quel est l'invariant d'une économie ?

Pour le découvrir, regardez la conférence donnée par Stéphane Laborde en 2014 devant le public du MFRdB.

Des monnaies qui libèrent

Ceux qui ont quitté ce monde et ceux qui n’existent pas encore sont à la plus grande distance les uns des autres que l’imagination humaine puisse concevoir : quelle possibilité d’obligation peut-il donc y avoir entre eux ? Quelle règle ou quel principe peut-on poser pour que deux êtres imaginaires dont l’un a cessé d’être et l’autre n’existe pas encore, et qui ne peuvent jamais se rencontrer dans ce monde, l’un soit autorisé à maîtriser l’autre jusqu’à la consommation des siècles ? « Les droits de l’homme », 1791, Thomas Paine

Qui possède de la monnaie a une créance sur l'économie : il est en droit d'exiger des autres des valeurs économiques en échange de ses signes monétaires.

Qui ne possède pas ou peu d'unités d'une certaine monnaie, mais se voit intimé d'en avoir, que ce soit l'impôt (pouvoir libératoire) ou, par voie de conséquence, parce que ladite monnaie est un quasi-monopole de fait au sein de la zone économique dans laquelle l'individu évolue, devra obéir à ceux qui détiennent des unités monnaie. Il devra travailler pour eux.

Posséder la monnaie, c'est donc avoir le pouvoir de commander aux autres.

Mais pourquoi le premier aurait-il le droit de commander au second, si le second n'a jamais commandé au premier ?

Où est la réciprocité ?

Au nom de quoi le second aurait-il une dette de travail envers le premier, s'il n'a jamais échangé avec lui ?

Une monnaie convergente

Une des propriétés d'une monnaie libre est que les soldes de tout un chacun tendent à converger vers la moyenne, à échelle d'une demi vie.

Ci-contre, un graphique représentant les soldes en monnaie libre de deux individus fictifs vivant dans un espace monétaire comme la France, où l'espérance de vie est de 80 ans : s'il n'effectuent aucun échange, les deux individus voient leurs soldes converger vers la moyenne à échelle de la moitié de leur espérance de vie, c'est-à-dire 40 ans.

Cette convergence vers la moyenne correspond à l'annulation des créances sur les morts : les créances des vivants s'annulent au fur et à mesure que s'éteignent les êtres humains sur lesquels les possesseurs de monnaie avaient une créance.

Puisque les morts ne peuvent plus travailler pour produire les valeurs contre lesquels devrait s'échanger cette monnaie créancière, il est logique que leur dette s'annule, et ne soit pas héritée par les nouveaux nés, dont la plupart ne sont même pas leurs enfants.

Car il n'est pas nécessaire d'être à découvert pour être techniquement "endetté" ; il suffit de posséder moins que la ce que possède, en moyenne, chaque humain participant à la zone monétaire.

Pour chaque individu, un égal accès à la monnaie

Grâce au dividende universel, chaque individu a accès à la même part de monnaie que chacun de ses contemporains.

Dans la TRM, cela s'appelle la "symétrie spatiale".

Pour chaque génération, un égal accès à la monnaie

Pour que toutes les générations aient accès à la même part de monnaie, la masse monétaire croît proportionnellement à l'espérance de vie.

Dans la TRM, cela s'appelle la "symétrie temporelle".

Une masse monétaire prévisible

En monnaie libre, la masse monétaire future est prévisible, puisqu'elle est définie par des équations mathématiques, et non décidée arbitrairement au gré des politiques monétaires des banques centrales, des taux directeurs qu'elles définissent, et de l'audace ou de la frilosité des banques privées à prêter.

Un dividende universel bien défini

En monnaie libre, la création monétaire se fait par tous, à travers un dividende universel.

Comme la masse monétaire, le montant de ce dividende universel est prévisible.

Prévisible à tel point qu'il sert d'unité de mesure des échanges. Les utilisateurs d'une monnaie libre expriment souvent leurs prix "en DU".

Une monnaie à l'épreuve des crises monétaires

Pas de risque d'hyperinflation

Parce que la quantité de monnaie qu'il y aura demain dans l'économie est prévisible, il n'y a jamais de crise de rattrapage, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais d'hyperinflation brutale.

D'après un dessin original de Johann "nojhan" Dréo, 2008-10-14, licence GNU FDL

Pas de déflation possible

En monnaie libre, la création monétaire ne s'arrête jamais, et tout le monde en bénéficie.

Pour ces deux raisons, il est impossible qu'une petit part de la population confisque l'outil d'échange en le thésaurisant excessivement.

La monnaie reste donc abondante dans l'économie, et cette dernière n'est alors jamais exsangue ni gelée.

Une monnaie à code ouvert

Contrairement aux monnaies dettes, régies par les accords de Bâle, ensemble de règles monétaires comparables à un code propriétaire, le code monétaire d'une monnaie libre est modifiable démocratiquement par ses utilisateurs.

Les 4 libertés d'une monnaie libre

De la même façon qu'un logiciel libre est plus que simplement open source, une monnaie libre n'est pas seulement une monnaie dont on peut lire le code monétaire.

Une monnaie ne peut être dite libre qu'à condition de respecter les 4 libertés suivantes :

  1. La liberté de choix de son système monétaire
  2. La liberté d’utiliser les ressources
  3. La liberté d’estimation et de production de toute valeur économique
  4. La liberté d’échanger, comptabiliser afficher ses prix “dans la monnaie”
D'après un dessin original de Johann "nojhan" Dréo, 2007-02-27, Licence Creative Commons BY-SA 2.5

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